Protection sociale

Faut-il Ă©tablir une dĂ©claration d’accident du travail (AT) face Ă  un accident signalĂ© dont les circonstances semblent douteuses ? ou lorsque le salariĂ© ayant subi un traumatisme ne semble manifester aucune lĂ©sion et ne transmet aucun certificat mĂ©dical ? ou encore lorsque ses lĂ©sions semblent vraisemblablement imputables Ă  une pathologie antĂ©rieure ? De nombreux employeurs se posent ces questions lorsqu’il leur est signalĂ© qu’un accident est survenu Ă  l’un de leurs salariĂ©s.

Que dĂ©clarer ?

Si les hypothèses sont nombreuses, la rĂ©ponse est unique : l’employeur n’a pas Ă  prĂ©juger du caractère professionnel de l’accident constatĂ© ou signalĂ©, et doit dĂ©clarer Ă  la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) tout accident survenu Ă  l’occasion du travail dont il a connaissance personnellement ou par le signalement de la victime ou d’un tiers.

Rappel

Le Code de la sĂ©curitĂ© sociale (art. L. 411-1) dĂ©finit l’accident du travail comme l’accident survenu :

  • par le fait ou Ă  l’occasion du travail,
  • quelle qu’en soit la cause,
  • Ă  toute personne salariĂ©e ou travaillant Ă  quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs et quels que soient le montant et la nature de leur rĂ©munĂ©ration, la forme, la nature ou la validitĂ© de leur contrat ou la nature de leur statut.

    En effet, même s’il a la conviction que l’accident n’est pas survenu dans les circonstances décrites, ou que les causes de l’accident sont étrangères à l’activité professionnelle, ou encore que les blessures sont minimes, l’employeur ne peut pas échapper à l’obligation déclarative.

    L’accident doit être déclaré dans les 48 heures suivant sa connaissance, sous peine de pénalités financières ainsi que d’éventuelles sanctions civiles et pénales.

    Ainsi, dès lors qu’il est informé d’un AT et/ou que le salarié lui demande explicitement de procéder à l’établissement d’une déclaration d’AT, l’employeur doit y procéder.

    Par exemple, la dĂ©claration doit ĂŞtre effectuĂ©e mĂŞme si :

    • le salariĂ© demande l’établissement d’une dĂ©claration d’AT plusieurs mois après la survenance de l’accident dont il se prĂ©vaut ;
    • il communique un arrĂŞt de travail pour AT Ă  l’issue d’un entretien prĂ©alable qui serait, selon lui, la cause d’un traumatisme psychologique.

    Emettre des rĂ©serves ?

    Dans ces hypothèses et de façon plus gĂ©nĂ©rale lorsqu’il existe des doutes sur l’existence-mĂŞme de l’accident, sur ses circonstances de temps et de lieu, ou mĂŞme sur son origine professionnelle, il convient de procĂ©der Ă  la rĂ©daction de rĂ©serves motivĂ©es, dans un dĂ©lai de 10 jours francs suivant la dĂ©claration (sur la procĂ©dure, voir aussi « Nouvelle procĂ©dure de reconnaissance des AT-MP : ce qu’il faut savoir en bref Â»).

    Ces rĂ©serves permettront de mettre en Ă©vidence d’éventuelles incohĂ©rences entre la dĂ©claration du salariĂ© et ses conditions de travail, ou encore l’absence de fait accidentel ou de lĂ©sion. En tout cas, elles contraindront la Caisse Ă  examiner le dossier plus prĂ©cisĂ©ment, et parfois elles pourront l’amener Ă  refuser la prise en charge. Si la forme de la lettre de rĂ©serves est assez libre, son contenu doit rĂ©pondre Ă  un cadre strict (voir « DĂ©claration d’accident du travail : quel format pour les rĂ©serves ? Â»).

    Quelles prĂ©conisations pour la dĂ©claration ?

    En tout Ă©tat de cause, les termes utilisĂ©s dans la dĂ©claration ne doivent pas ĂŞtre nĂ©gligĂ©s ! Il est par exemple prĂ©conisĂ© Ă  l’employeur :

    • d’utiliser le conditionnel lorsque qu’il n’a pas Ă©tĂ© tĂ©moin des faits, mais qu’ils lui ont Ă©tĂ© relatĂ©s
    • de ne pas cocher la case « constatĂ© Â» (mais « rapportĂ© Â») lorsque qu’il n’a pas assistĂ© visuellement aux circonstances du sinistre,
    • de ne pas utiliser de termes mĂ©dicaux, mais des termes gĂ©nĂ©raux pour dĂ©crire les lĂ©sions. Par exemple, ne pas utiliser le terme de « malaise Â», et le remplacer par la description des seuls signes visibles (la personne s’est assise, etc.).

    Ces prĂ©cautions, qui peuvent paraitre anodines au premier abord, rendront plus aisĂ©s les Ă©ventuels recours ultĂ©rieurs Ă  l’encontre d’une dĂ©cision de la CPAM de prise en charge d’un accident au titre de la lĂ©gislation professionnelle !