Autres branches du droit

Suite à l’adoption définitive de la Loi d’habilitation le 2 août dernier, les projets d’ordonnances sont présentés ce jeudi 31 août. Mais de nombreuses étapes doivent encore être franchies avant leur entrée en vigueur et ces projets de textes pourront encore faire l’objet de modifications lors de certaines d’entre elles.

Loi d’habilitation : oĂą en est-on ? 

Rappelons que la loi d’habilitation – support juridique indispensable des futures ordonnances – n’est pas encore publiĂ©e au JO, donc pas encore entrĂ©e en vigueur, car elle fait l’objet d’un recours devant le Conseil constitutionnel. Ce dernier devrait rendre sa dĂ©cision la semaine du 4 septembre. Le contenu de cette dĂ©cision pourra bien entendu influer sur les projets d’ordonnances si le Conseil constitutionnel dĂ©cide d’écarter certaines dispositions de la loi.

La loi d’habilitation devrait être publiée au JO très rapidement après la décision du Conseil.

Les consultations des instances 

Plusieurs instances doivent ĂŞtre consultĂ©es pour avis : le Conseil supĂ©rieur de l’égalitĂ© professionnelle, le Conseil national de l’emploi et la formation et de l’orientation professionnelles (Cnefop), la Commission nationale de la nĂ©gociation collective (CNNC), le Conseil supĂ©rieur de la prud’homie (CSP), le Conseil d’orientation des conditions de travail (Coct). Ces consultations devraient intervenir la semaine du 4 septembre. Le rĂ©sultat de ces consultations lĂ  encore, peut influer sur le texte dĂ©finitif.

« L’épreuve de la rue »

Un appel à manifester le 12 septembre a été lancé notamment par la CGT contre le projet de réforme du Code du travail. En fonction de la mobilisation et des suites données à cette journée, le Gouvernement sera peut-être amené à amender certaines dispositions des projets d’ordonnances.

Avis du CE

Le Conseil d’Etat doit être obligatoirement consulté sur les projets d’ordonnances. Les projets de textes des ordonnances lui ont été transmis ce mardi 29 août.

A noter que les textes qui seront finalement retenus ne peuvent ĂŞtre que ceux adoptĂ©s par le Conseil d’État ou ceux qui lui ont Ă©tĂ© soumis. Toute modification des projets ne se limitant pas Ă  la rĂ©daction devra donc faire l’objet d’une saisine rectificative par le secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral du Gouvernement.

Adoption par le CM et publication au JO

L’adoption des projets d’ordonnances définitifs en Conseil des ministres est prévue le 22 septembre. Les textes seront publiés au JO dans les jours suivants.

Ils entreront alors en vigueur et la rĂ©forme du code du travail commencera Ă  s’appliquer d’ici la fin du mois de septembre (sous rĂ©serve de dates d’entrĂ©e en vigueur diffĂ©rĂ©es prĂ©vues par les textes).

Les ordonnances, actes réglementaires

L’ordonnance est un acte pris sous la signature du Président de la République, donc du pouvoir réglementaire et non législatif. Bien que portant sur des matières qui relèvent en principe du domaine de la loi, elle reste un acte réglementaire jusqu’à sa ratification par la loi. Pendant cette période, elle peut faire l’objet d’un contrôle de légalité par le Conseil d’Etat.

Le Conseil d’Etat peut contrôler sa validité :

  • au regard de la Constitution et de certains principes constitutionnels (ex CE 1er dĂ©cembre 1997, Union des professions de santĂ© libĂ©rales SOS Action santĂ©)
  • au regard de la loi d’habilitation (CE 3 juillet 1998, syndicat des mĂ©decins Aix et rĂ©gion)
  • Ă  l’égard des principes gĂ©nĂ©raux du droit (CE 4 novembre 1996, Association de dĂ©fense des sociĂ©tĂ©s de course des hippodromes de province)
  • Ă  l’égard d’engagements internationaux (ex. convention 158 OIT, CE 19 octobre 2005, CGT)

Le CE peut également contrôler que les mesures prises sont proportionnées à l’objectif poursuivi (CE 26 novembre 2001, Association Liberté, information, santé).

Un recours éventuellement pendant devant le CE après la ratification des ordonnances devrait faire l’objet d’un non-lieu à statuer.

Ratification des ordonnances

Dans un délai de 3 mois après leur publication au JO, les ordonnances devront faire l’objet d’un projet de loi de ratification. Ce projet de loi sera en principe discuté et adopté par le Parlement, puis soumis au Conseil d’Etat. Il pourra faire l’objet d’une saisine du Conseil Constitutionnel.

Après publication de la loi de ratification au JO, les ordonnances ratifiées se voient appliquer rétroactivement le régime d’un acte législatif. Les dispositions de l’ordonnance ratifiée, qui a valeur législative, pourront faire l’objet de QPC.

Absence de ratification : consĂ©quences

Deux hypothèses :

  • le projet de loi de ratification n’est pas dĂ©posĂ© au Parlement dans le dĂ©lai imparti, Ă  savoir 3 mois Ă  compter de la publication des ordonnances : les ordonnances sont caduques.
  • Le projet de loi est dĂ©posĂ© mais n’est pas discutĂ© (absence d’inscription Ă  l’ordre du jour des AssemblĂ©es) : les ordonnances restent en vigueur avec une valeur rĂ©glementaire.