Rupture

Lorsque le motif de licenciement tirĂ© de la vie personnelle du salariĂ© ne relève pas de l’intimitĂ© de sa vie privĂ©e, le licenciement ne peut ĂŞtre atteint de nullitĂ© 

Il rĂ©sulte, d’une part, du code du travail que la rupture du contrat de travail Ă  l’initiative de l’employeur n’ouvre droit pour le salariĂ© qu’Ă  des rĂ©parations de nature indemnitaire et que le juge ne peut, en l’absence de disposition le prĂ©voyant et Ă  dĂ©faut de violation d’une libertĂ© fondamentale, annuler un licenciement, d’autre part, de la jurisprudence du Conseil constitutionnel que la libertĂ© proclamĂ©e par la DĂ©claration des droits de l’homme et du citoyen implique le droit au respect de la vie privĂ©e.

Doit en consĂ©quence ĂŞtre cassĂ© l’arrĂŞt qui prononce la nullitĂ© de la rĂ©vocation d’un salariĂ©, ordonne sa rĂ©intĂ©gration et condamne l’employeur Ă  payer une indemnitĂ© d’Ă©viction, alors que le motif de cette sanction fondĂ©e sur des faits de dĂ©tention et de consommation de produits stupĂ©fiants Ă  bord de son vĂ©hicule, constatĂ©s par un service de police sur la voie publique et Ă©trangers aux obligations dĂ©coulant du contrat de travail, tirĂ© de la vie personnelle du salariĂ©, ne relevait toutefois pas de l’intimitĂ© de sa vie privĂ©e, de sorte que, si le licenciement Ă©tait dĂ©pourvu de cause rĂ©elle et sĂ©rieuse, il n’Ă©tait pas atteint de nullitĂ© en l’absence de violation d’une libertĂ© fondamentale.

Cass. soc., 25 septembre 2024, n°22-20.672, FS-B

Le motif du licenciement fondĂ© sur le contenu de messages personnels Ă©mis par le salariĂ© grâce Ă  un outil informatique professionnel viole l’intimitĂ© de la vie privĂ©e et entraĂ®ne Ă  lui seul la nullitĂ© du licenciement

Il rĂ©sulte de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales, du code civil et du code du travail que le salariĂ© a droit, mĂŞme au temps et au lieu de travail, au respect de l’intimitĂ© de sa vie privĂ©e. Celle-ci implique en particulier le secret des correspondances. L’employeur ne peut dès lors, sans violation de cette libertĂ© fondamentale, utiliser le contenu des messages personnels Ă©mis par le salariĂ© et reçus par lui grâce Ă  un outil informatique mis Ă  sa disposition pour son travail, pour le sanctionner.

Ensuite, il rĂ©sulte du code du travail, qu’un motif tirĂ© de la vie personnelle du salariĂ© ne peut justifier, en principe, un licenciement disciplinaire, sauf s’il constitue un manquement de l’intĂ©ressĂ© Ă  une obligation dĂ©coulant de son contrat de travail. Le caractère illicite du motif du licenciement fondĂ©, mĂŞme en partie, sur le contenu de messages personnels Ă©mis par le salariĂ© grâce Ă  un outil informatique mis Ă  sa disposition pour son travail, en violation du droit au respect de l’intimitĂ© de sa vie privĂ©e, libertĂ© fondamentale, entraĂ®ne Ă  lui seul la nullitĂ© du licenciement.

Doit en consĂ©quence ĂŞtre approuvĂ© l’arrĂŞt qui prononce la nullitĂ© du licenciement d’un salariĂ© et condamne l’employeur Ă  payer diverses sommes Ă  ce titre, après avoir constatĂ© que le salariĂ© avait Ă©tĂ© licenciĂ© pour faute grave, notamment en raison de propos Ă©changĂ©s lors d’une conversation privĂ©e avec trois personnes au moyen de la messagerie professionnelle installĂ©e sur son ordinateur professionnel, dans un cadre strictement privĂ© sans rapport avec l’activitĂ© professionnelle, ce dont il rĂ©sultait que, cette conversation de nature privĂ©e n’Ă©tant pas destinĂ©e Ă  ĂŞtre rendue publique et ne constituant pas un manquement du salariĂ© aux obligations dĂ©coulant du contrat de travail, le licenciement, prononcĂ© pour motif disciplinaire, Ă©tait insusceptible d’ĂŞtre justifiĂ© et Ă©tait atteint de nullitĂ© comme portant atteinte au droit au respect de l’intimitĂ© de la vie privĂ©e du salariĂ©.

Cass. soc., 25 septembre 2024, n°23-11.860, FS-B