Emploi

Pour rappel, les opérations de prêt de main d’œuvre sont très encadrées. A ce titre, l’article L. 8241-1 du Code du travail prohibe les opérations à but lucratif ayant pour objet exclusif le prêt de main-d’œuvre, sous peine de sanction pénale.

Toutefois le texte prĂ©cise qu’une opĂ©ration de prĂŞt de main-d’œuvre ne poursuit pas de but lucratif « lorsque l’entreprise prĂŞteuse ne facture Ă  l’entreprise utilisatrice, pendant la mise Ă  disposition, que les salaires versĂ©s au salariĂ©, les charges sociales affĂ©rentes et les frais professionnels remboursĂ©s Ă  l’intĂ©ressĂ© au titre de la mise Ă  disposition. Â» (refacturation Ă  l’euro près).

Un cadre initial très restrictif, assoupli par la loi du 15 avril 2024

A travers une des Ordonnances dites « Macron Â» de septembre 2017, la loi a apportĂ© une dĂ©rogation Ă  ce principe, en permettant aux très grandes entreprises d’au moins 5000 salariĂ©s, ou appartenant Ă  un Groupe d’au moins 5000 salariĂ©s, de procĂ©der Ă  des mises Ă  disposition de collaborateurs, sans refacturation Ă  l’euro près, au profit de jeunes entreprises de moins de 8 ans, de petites et moyennes entreprises de moins de 250 salariĂ©s ou d’organismes d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral tels que visĂ©s par l’article 238 bis du Code gĂ©nĂ©ral des impĂ´ts (CGI) , « afin de leur permettre d’amĂ©liorer la qualification de leur main-d’œuvre, de favoriser les transitions professionnelles ou de constituer un partenariat d’affaires ou d’intĂ©rĂŞt commun Â».

Parallèlement, l’article 238 bis du Code général des impôts (CGI) permet aux entreprises prêteuses de bénéficier d’un avantage fiscal lorsque la mise à disposition, se fait au profit d’un organisme d’intérêt général, avec une contrepartie réduite ou nulle. C’est ce que l’on qualifie de mécénat de compétences.

La liste des bĂ©nĂ©ficiaires d’un tel don en nature est limitative, il peut s’agir d’associations et fondations d’utilitĂ© publique, d’établissements d’enseignement supĂ©rieur ou artistique, d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral Ă  but non lucratif, d’organismes d’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral ayant un caractère philanthropique, Ă©ducatif, scientifique, social, humanitaire, sportif, familial, culturel ou concourant Ă  la mise en valeur du patrimoine artistique, Ă  la dĂ©fense de l’environnement naturel ou Ă  la diffusion de la culture, de la langue et des connaissances scientifiques françaises.

L’avantage fiscal en découlant est une réduction d’impôt représentant 60% du coût de la mise à disposition (somme de la rémunération et des charges sociales y afférentes pour le temps de la mise à disposition du salarié concerné, dans la limite de trois fois le montant du plafond de la sécurité sociale).

Ainsi, alors que les très grandes entreprises pouvaient procéder à une mise à disposition permettant de bénéficier d’une réduction d’impôt, les plus petites entreprises ne pouvaient en principe en bénéficier dans la mesure où les dispositions du Code du travail ne leur permettaient pas d’assurer une telle mise à disposition sans refacturation à l’euro près.

Certaines ont quand même pris le parti d’y recourir sans nécessairement se préoccuper du cadre juridique de la mise à disposition, considérant que la permission d’un tel don en nature était donnée par l’article 238 bis du CGI.

Pour autant, le risque d’une mise en cause pour prêt de main d’œuvre illicite était encouru et c’est la raison pour laquelle, afin de sécuriser et faciliter le mécénat de compétences, la loi n°2024-344 du 15 avril 2024 destinée à soutenir l’engagement bénévole, est venue étendre à l’ensemble des entreprises, quelle que soit leur taille, la possibilité d’une telle mise à disposition au profit d’organismes d’intérêt général.

Les entreprises de toutes tailles peuvent ainsi conclure désormais des partenariats avec des organismes en direct ou avec des plateformes de mise en relation d’associations avec des bénévoles, afin de permettre à leurs salariés, sur la base du volontariat, tout en étant rémunéré, de contribuer à des actions portées par des organismes d’intérêt général, en y consacrant une à plusieurs heures de travail par semaine, mois ou année.

Un dispositif au service d’organismes d’intérêt général

Les associations ou fondations sont de plus en plus en recherche de bénévoles à travers notamment le mécénat de compétences, pour répondre à des besoins ponctuels de compétences techniques spécifiques, qu’elles ne peuvent financer, faute de moyens suffisants provenant notamment des autorités de tutelle.

On peut citer l’exemple d’un informaticien qui répondrait à un besoin de création du site internet d’une association d’aide humanitaire, d’un community manager qui contribuerait à la communication d’une association culturelle ou encore d’un électricien qui serait chargé de participer à la rénovation d’un bâtiment appartenant à une association accueillant des personnes sans-abri.

Il s’agit aussi de permettre à des organismes d’intérêt général de bénéficier d’un « pool » de bénévoles plus large et diversifié, parfois plus facilement volontaires pour se mobiliser sur un temps rémunéré par leur employeur plutôt que sur un temps libre, pour des actions ponctuelles ne nécessitant pas de compétences spécifiques, comme la distribution de repas, le ramassage de déchets, le soutien scolaire, l’apprentissage du français, etc.

Enfin, il s’agit de faciliter pour certaines associations le recours aux bénévoles pour assurer des actions devant être menées sur des temps durant lesquels la plupart des potentiels bénévoles sont en activité (c’est-à-dire en pleine semaine, en dehors des week-ends et des soirées).

Un véritable outil de gestion RH

Au-delĂ  de l’avantage fiscal pouvant inciter certaines entreprises Ă  Ĺ“uvrer dans l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral, les atouts du mĂ©cĂ©nat de compĂ©tences sont multiples. En effet, il s’agit d’un vĂ©ritable outil de gestion de l’emploi dans l’entreprise :

  • Tout d’abord, dans le cadre du dĂ©ploiement d’une marque employeur et d’une politique RSE, il permet de valoriser l’image de l’entreprise et d’attirer de nouveaux talents en quĂŞte de sens, en mettant notamment en avant des partenariats conclus avec des associations vĂ©hiculant des valeurs partagĂ©es par l’entreprise et Ĺ“uvrant dans des domaines spĂ©cifiques (environnement, culture, Ă©ducation, humanitaire, etc.).
  • Par ailleurs, dans le cadre d’un dispositif de QVCT, il permet de fidĂ©liser les plus jeunes, de remobiliser ceux en perte de motivation et favorise l’attachement des salariĂ©s Ă  l’entreprise en permettant de diversifier leurs activitĂ©s, d’œuvrer dans l’intĂ©rĂŞt collectif, de rĂ©pondre au besoin de sens, d’acquĂ©rir de nouvelles expĂ©riences, d’approfondir leurs compĂ©tences techniques ou de dĂ©velopper leurs « soft skills ».
  • Enfin, il permet de gĂ©rer les emplois et les parcours professionnels en valorisant les compĂ©tences acquises dans ce cadre pour certains et en accompagnant les fins de carrière pour d’autres (en rĂ©duisant progressivement le temps de travail dans l’entreprise pour se consacrer Ă  une ou plusieurs associations, tout en conservant leur niveau de rĂ©munĂ©ration habituel).

Bien que jusqu’à présent mobilisé essentiellement par de très grandes entreprises, notamment pour accompagner les fins de carrière, le mécénat de compétences devrait rapidement être identifié comme un outil incontournable de gestion et d’optimisation, que ce soit en GEPP, en QVCT ou en RSE.

Il n’y a plus qu’à s’en emparer !