Rupture

L’incarcĂ©ration d’un salariĂ© – pour un motif indĂ©pendant de la relation de travail – est une situation certes exceptionnelle, mais qui suppose une rĂ©action adaptĂ©e.

Face à cette situation, l’employeur est naturellement tenté de ne rien faire, considérant que la détention du salarié met fin au contrat de travail de l’intéressé, celui-ci ne se présentant plus à son poste.

Et pourtant : s’il ne fait rien, l’employeur prend le risque de voir le salariĂ© se prĂ©senter Ă  son poste, Ă  l’issue de sa pĂ©riode d’incarcĂ©ration (des mois, voire, pourquoi pas, des annĂ©es plus tard selon le cas !).

L’incarcĂ©ration du salariĂ© : cause de suspension du contrat

L’incarcĂ©ration ne constitue pas un cas de force majeure mettant fin au contrat. L’absence du salariĂ© placĂ© en garde Ă  vue ou en dĂ©tention provisoire, ou dĂ©finitivement condamnĂ© Ă  une peine d’emprisonnement, suspend l’exĂ©cution du contrat de travail (Cass., soc., 3 avril 2001, n°99-40.944).

L’incarcération du salarié du salarié ne justifie pas, en soi, le licenciement du salarié. Un licenciement prononcé au seul motif de l’incarcération du salarié est dénué de cause réelle et sérieuse.

Motifs envisageables de rupture du contrat de travail

Pour autant, l’employeur dont le salariĂ© est incarcĂ©rĂ© peut envisager la rupture du contrat de travail dans trois situations :

  • l’absence du salariĂ© est injustifiĂ©e : l’employeur qui ne reçoit aucune information prĂ©cise sur les raisons de l’absence du salariĂ©, ou qui reçoit un motif fallacieux d’absence, peut envisager la rupture du contrat pour faute grave (abandon de poste, …). La notification du licenciement ne conduit alors au versement d’aucune indemnitĂ© de rupture (ni indemnitĂ© de licenciement, ni indemnitĂ© compensatrice de prĂ©avis (ICP)).
  • l’absence prolongĂ©e du salariĂ© perturbe le fonctionnement de l’entreprise et rend son remplacement dĂ©finitif indispensable : le motif de licenciement n’étant pas fautif, le salariĂ©, bien qu’incarcĂ©rĂ©, est alors en droit de percevoir une indemnitĂ© de licenciement. En revanche, aucune ICP n’est due, le salariĂ© Ă©tant dans l’impossibilitĂ© de l’exĂ©cuter.
  • les faits Ă  l’origine de la dĂ©tention du salariĂ©, ou les conditions de l’incarcĂ©ration, causent un trouble objectif caractĂ©risĂ© au sein de l’entreprise : par exemple, l’incarcĂ©ration porte une atteinte sĂ©rieuse Ă  l’image de l’entreprise, ou les faits Ă  l’origine de la condamnation du salariĂ© sont incompatibles avec ses fonctions. Le licenciement pour motif personnel (non disciplinaire) donne lieu Ă  indemnitĂ© de licenciement mais pas Ă  l’ICP (impossibilitĂ© d’exĂ©cuter le prĂ©avis).

Marche Ă  suivre pour l’employeur

  1. Cesser le versement au salariĂ© absent de sa rĂ©munĂ©ration ;
  2. Mettre en demeure le salariĂ© de justifier, par Ă©crit, des raisons et de la durĂ©e prĂ©visible de l’absence Ă  son poste : par LRAR au domicile habituel de l’intĂ©ressĂ© ou Ă  toute autre adresse indiquĂ©e par lui (lieu de dĂ©tention notamment) ;
  3. Ne pas divulguer les raisons de l’absence du salariĂ© aux membres du personnel : risque d’atteinte Ă  la dignitĂ© du salariĂ©, pouvant lui causer un prĂ©judice ;
  4. Mettre en œuvre la procédure habituelle de licenciement ;
  5. Notifier, le cas Ă©chĂ©ant, le licenciement au salariĂ© : par LRAR au domicile habituel de l’intĂ©ressĂ© ou Ă  toute autre adresse indiquĂ©e par lui (lieu de dĂ©tention notamment) ;
  6. Procéder, le cas échéant, au recrutement définitif de la personne remplaçant le salarié incarcéré lorsque le motif de licenciement est l’absence prolongée perturbant le fonctionnement de l’entreprise.