Analyses

Quand un salarié devient élu local : quelles obligations pour l’employeur pendant le mandat ?

Conditions de travail

Depuis le 22 mars 2026, la France a renouvelé en profondeur ses équipes municipales : 34 956 maires et près de 500 000 conseillers municipaux ont pris leurs fonctions. Dans ce contexte, il est loin d’être marginal qu’un salarié de l’entreprise exerce parallèlement un mandat d’élu local.

Cette situation soulève immédiatement une question clé pour les employeurs : quelles sont leurs obligations face à ces salariés investis dans la vie publique locale ?

La réponse s’inscrit notamment dans le cadre de la loi du 22 décembre 2025 (loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d’un statut de l’élu local), qui consacre un véritable statut de l’élu local. Ce texte vise en particulier à mieux articuler l’exercice d’un mandat électif avec la vie professionnelle.

Les absences du salarié élu local

Le salarié élu local sera amené à s’absenter de l’entreprise pour l’exercice de son mandat. Plusieurs types d’absences sont ainsi prévus.

Autorisations d’absence

L’employeur est tenu de laisser à tout salarié de son entreprise membre d’un conseil municipal le temps nécessaire pour se rendre et participer :

  • aux séances plénières de ce conseil ;
  • aux réunions de commissions dont il est membre et instituées par une délibération du conseil municipal ;
  • aux réunions des assemblées délibérantes et des bureaux des organismes où il a été désigné pour représenter la commune ;
  • aux réunions organisées par les établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre dont la commune est membre, par le département ou par la région, lorsqu’il a été désigné pour y représenter la commune ;
  • aux réunions des assemblées, des bureaux et des commissions spécialisées des organismes nationaux où il a été désigné ou élu pour représenter des collectivités territoriales ou des établissements publics en relevant ;
  • aux fêtes légales des 8 mai, 14 juillet, 11 novembre et aux commémorations, fêtes et journées nationales instituées par décret ;
  • aux missions accomplies dans le cadre d’un mandat spécial.

Le salarié bénéficie également du temps nécessaire pour mettre en œuvre les mesures de sûreté prescrites par le maire en cas de danger grave ou imminent.

Le salarié doit informer l’employeur par écrit de la date et de la durée de l’absence dès qu’il en a connaissance.

Crédits d’heures

Les maires, adjoints au maire et conseillers municipaux, bénéficient d’un crédit d’heures trimestriel, dont le volume dépend du mandat et de la taille de la commune, pour administrer la collectivité qu’ils représentent et préparer les réunions des instances au sein desquelles ils siègent.

Pour en bénéficier, le salarié élu doit informer l’employeur par écrit, 3 jours au moins avant son absence, en précisant la date et la durée de l’absence envisagée ainsi que la durée du crédit d’heures à laquelle il a droit au titre du trimestre en cours.

Le temps d’absence de l’élu local au titre des autorisations susvisées et du crédit d’heures ne donne pas lieu à maintien de rémunération mais est assimilé à une durée de travail effective pour la détermination de la durée des congés payés, pour le bénéfice des droits découlant de l’ancienneté ainsi que pour la détermination du droit aux prestations sociales et des avantages sociaux définis par voie réglementaire.

Congés spécifiques

Depuis la loi du 22 décembre 2025, les salariés candidats à l’ensemble des élections locales peuvent bénéficier d’un congé électif de 20 jours (contre 10 auparavant).

Une fois élu, le salarié peut bénéficier d’un congé de formation de 24 jours.

Remarque

La loi prévoit également la possibilité pour l’élu d’exercer son mandat pendant les absences pour arrêt maladie, ainsi que pendant un congé de maternité, de paternité ou d’adoption.

Suspension du contrat de travail

Les maires, les adjoints au maire et les membres de conseils de communautés de communes bénéficient, sur leur demande, d’une suspension de leur contrat de travail pendant leur mandat s’ils ont 1 an minimum d’ancienneté à la date de leur entrée en fonction.

Ce temps d’absence est assimilé à une durée de travail effective pour la détermination :

  • de la durée des congés payés. L’élu local acquiert donc des congés payés pendant la totalité de la suspension de son contrat de travail ;
  • du bénéfice de tous les droits découlant de l’ancienneté ;
  • du droit aux prestations sociales et des avantages sociaux.

Les entretiens individuels spécifiques

Le salarié élu local bénéficie d’entretiens spécifiques avec l’employeur

Au début de son mandat de conseiller municipal, départemental ou régional, puis au maximum une fois par année civile, le salarié bénéficie, à sa demande, d’un entretien individuel avec son employeur portant sur les modalités pratiques d’exercice de son mandat au regard de son emploi.

L’employeur et le salarié concerné peuvent, à cette occasion, s’accorder sur les mesures à mettre en œuvre pour faciliter la conciliation entre la vie professionnelle et les fonctions électives du salarié et, le cas échéant, sur les conditions de rémunération des temps d’absence consacrés à l’exercice de ces fonctions.

Cet entretien permet également la prise en compte de l’expérience acquise par ces salariés dans le cadre de l’exercice du mandat, laquelle peut être reconnue dans le cadre d’une VAE.

Attention !

Cet entretien ne se substitue pas à l’entretien professionnel.

La protection du salarié élu local

La loi prévoit qu’aucun licenciement, déclassement professionnel, refus de formation professionnelle, d’avancement ou de rémunération, ni aucune sanction disciplinaire ne peuvent être prononcés en raison des absences de l’élu à peine de nullité et de dommages-intérêts.

La réintégration ou le reclassement dans l’emploi est alors de droit.

Par ailleurs, aucune modification de la durée et des horaires de travail prévus par le contrat de travail ne peut être effectuée en raison des absences des élus.

En revanche, les salariés élus municipaux n’ont plus le statut de salarié protégé que leur avait accordé une loi de 2015 (loi n° 2015-366 du 31 mars 2015 visant à faciliter l’exercice, par les élus locaux, de leur mandat). Leur éventuel licenciement n’est donc pas soumis à une autorisation préalable de l’inspection du travail.

Conseils pratiques

Pour se conformer à leurs obligations, il est conseillé aux entreprises de :

  • formaliser les procédures internes concernant les absences liées aux mandats électifs ;
  • vérifier les dispositions conventionnelles en vigueur ;
  • le cas échéant, préparer et consigner les entretiens annuels relatifs à l’exercice du mandat ;
  • adapter les objectifs en tenant compte des absences des élus.

Crédit photo : iStock.com

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