Rupture

Rediff du 11 avril 2024

Un salariĂ© ne peut mettre fin unilatĂ©ralement Ă  son contrat de travail Ă  durĂ©e dĂ©terminĂ©e (CDD), et ce mĂŞme s’il prĂ©sente sa « dĂ©mission Â» de façon claire et non Ă©quivoque.

Un encadrement légal strict des cas de rupture anticipée du CDD par le salarié

Seuls trois cas de rupture anticipĂ©e d’un CDD Ă  l’initiative du salariĂ© sont admis (C. trav., art. L. 1243-1 et s.) :

  • La rupture au cours de la pĂ©riode d’essai,
  • La rupture du fait d’une embauche en contrat Ă  durĂ©e indĂ©terminĂ©e,
  • La faute grave de l’employeur.

Autrement dit, le CDD d’un salarié qui présente sa démission n’est pas, de ce seul fait rompu.

Aussi, sauf Ă  se situer dans l’un des trois cas visĂ©s ci-dessus, il faut informer expressĂ©ment le salariĂ© de la poursuite de son contrat de travail en raison du caractère inopposable de sa « dĂ©mission Â». Cela suppose en principe de le mettre en demeure de reprendre son poste, et de lui rappeler qu’en cas de persistance dans sa volontĂ© de quitter dĂ©finitivement l’entreprise, l’employeur pourrait lui rĂ©clamer des dommages-intĂ©rĂŞts (C. trav., art. L. 1243-3).

Ainsi, si en thĂ©orie l’application des règles lĂ©gales devrait conduire Ă  une poursuite du CDD jusqu’à son terme, en pratique une solution alternative pourra ĂŞtre envisagĂ©e afin d’éviter Ă  l’employeur d’avoir Ă  gĂ©rer une issue conflictuelle, voire contentieuse, de la relation de travail.

Quelles solutions pratiques ?

Si un salariĂ© embauchĂ© en CDD fait part de sa volontĂ© claire et non Ă©quivoque de quitter son poste, en dehors des hypothèses lĂ©gales prĂ©citĂ©es, l’employeur peut :

  • Rester passif et attendre le terme du CDD du salariĂ© Â« dĂ©missionnaire Â». Si cette solution peut sembler la plus simple, puisqu’elle n’implique aucune action de la part de l’employeur, elle demeure peu adaptĂ©e aux rĂ©alitĂ©s organisationnelles des entreprises. En effet, il est plus pertinent d’adopter une attitude proactive visant Ă  rompre effectivement le contrat de travail du salariĂ© qui a manifestĂ© son intention de quitter la sociĂ©tĂ©, ne serait-ce que pour envisager son remplacement effectif.  
  • Accepter la rupture anticipĂ©e du CDD du salariĂ©, en formalisant une rupture d’un commun accord dans le cadre d’un Ă©crit signĂ© des deux parties. Cette solution prĂ©sente l’avantage d’un très faible risque de contentieux compte tenu de la partie Ă  l’initiative de la rupture (en l’occurrence le salariĂ©), voire de s’affranchir, sous rĂ©serve de certaines prĂ©cautions rĂ©dactionnelles, du versement de l’indemnitĂ© de prĂ©caritĂ©.
  • Le cas Ă©chĂ©ant, considĂ©rer que l’absence du salariĂ© qui ne se prĂ©sente plus Ă  son poste suite Ă  sa « dĂ©mission Â» est fautive, et justifie la rupture anticipĂ©e du CDD pour faute grave : une procĂ©dure disciplinaire devra alors ĂŞtre mise en Ĺ“uvre. Compte tenu des risques prud’homaux, impliquant des enjeux financiers non nĂ©gligeables (indemnitĂ©s de requalification, de prĂ©avis, de prĂ©caritĂ© et dommages-intĂ©rĂŞts Ă©ventuels), cette solution ne doit pas ĂŞtre envisagĂ©e de façon systĂ©matique.