Statut collectif

A l’occasion d’une question Ă©crite, M. Pierre Morel-Ă€-L’Huissier (dĂ©putĂ© de la Lozère), estimant que le recours au tĂ©lĂ©travail en dehors des cas particuliers de la pandĂ©mie, de situations spĂ©cifiques (femme enceinte ou personne en situation de handicap), laisse encore beaucoup de zones d’ombre dans son application, a demandĂ© au Ministre du travail des prĂ©cisions sur les modalitĂ©s actuelles du tĂ©lĂ©travail en matière de contrĂ´le du temps de travail, de dĂ©finition des accidents du travail, du droit Ă  la dĂ©connexion, de la prise en charge de l’Ă©quipement d’un domicile et de l’achat d’Ă©quipements informatiques et des diffĂ©rents forfaits acceptĂ©s par l’URSSAF. 

La rĂ©ponse du ministre, publiĂ©e au JO du 20 juin 2023, permet de faire un point sur le cadre juridique du tĂ©lĂ©travail.

Celui-ci rappelle tout d’abord que la crise sanitaire a considĂ©rablement accru la place du tĂ©lĂ©travail dans la vie des entreprises et de leurs salariĂ©s. Son extension est sans prĂ©cĂ©dent, en janvier 2021, 27 % des salariĂ©s le pratiquent, contre 4 % en 2019 (cf. TĂ©lĂ©travail durant la crise sanitaire, 10 fĂ©vrier 2022, DARES ANALYSES N°9). 

Régulation collective du recours au télétravail

La lĂ©gislation applicable au tĂ©lĂ©travail a Ă©tĂ© rĂ©novĂ©e par l’ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017. Depuis cette date, la rĂ©gulation collective du recours au tĂ©lĂ©travail est privilĂ©giĂ©e pour rĂ©pondre au plus près aux besoins de l’entreprise et des salariĂ©s. Il peut ainsi ĂŞtre mis en place soit par accord collectif, soit dans le cadre d’une charte Ă©laborĂ©e par l’employeur. En l’absence de charte ou d’accord collectif, lorsque le salariĂ© et l’employeur conviennent de recourir au tĂ©lĂ©travail, ils formalisent leur accord par tout moyen. 

En 2021, plus de 4 100 accords d’entreprise comportant des dispositions relatives au tĂ©lĂ©travail ont Ă©tĂ© signĂ©s (contre 2 610 en 2020), soit une augmentation de 54 %. Avec plus de 2 600 accords, les petites et moyennes entreprises (dont l’effectif est infĂ©rieur ou Ă©gal Ă  300 salariĂ©s) reprĂ©sentent un peu moins des deux tiers des accords signĂ©s sur la pĂ©riode (64% en 2021, 62% en 2020). Les entreprises de plus de 300 salariĂ©s ont, quant Ă  elles, signĂ© près de 1 300 accords (935 en 2020) (cf. Bilan de la nĂ©gociation collective 2021). 

Après la pĂ©riode oĂą le tĂ©lĂ©travail Ă  temps plein s’est imposĂ© en raison de la pandĂ©mie, le travail hybride, mixant distanciel et prĂ©sentiel s’est davantage rĂ©pandu. Ce modèle permet de pĂ©renniser les avantages du tĂ©lĂ©travail (autonomie et Ă©quilibre des temps de vie pour le salariĂ©, productivitĂ©, responsabilitĂ© environnementale et sociĂ©tale, cotĂ© entreprise), et d’en attĂ©nuer les inconvĂ©nients (risques psycho-sociaux et affaiblissement du collectif de travail). 

Un effet bénéfique sur la néo-natalité

L’expĂ©rience inĂ©dite du tĂ©lĂ©travail durant la pandĂ©mie a dĂ©montrĂ© que cette pratique pouvait Ă©galement avoir un effet bĂ©nĂ©fique sur la nĂ©o-natalitĂ©, Ă  la fois pour la santĂ© des mères et les nouveau-nĂ©s. Le tĂ©lĂ©travail pour les femmes enceintes dans leur dernier trimestre, lorsque cela est possible, permettrait un meilleur dĂ©roulĂ© de l’accouchement et une reprise du travail plus facile pour les mères. Depuis le 27 dĂ©cembre 2021, la loi visant Ă  accĂ©lĂ©rer l’Ă©galitĂ© Ă©conomique et professionnelle prĂ©voit dĂ©sormais que l’accord collectif ou la charte de l’employeur doit prĂ©ciser les modalitĂ©s d’accès au tĂ©lĂ©travail des salariĂ©es enceintes. 

Réglementation du temps de travail

S’agissant de la rĂ©glementation du temps de travail, le tĂ©lĂ©travailleur est dans la mĂŞme situation que le salariĂ© en prĂ©sentiel : les dispositions relatives Ă  la durĂ©e maximale quotidienne, aux durĂ©es maximales hebdomadaires, au temps de repos, au temps de pause et au dĂ©compte des heures de travail s’appliquent. Si le salariĂ© n’est pas sous convention de forfait, un système de dĂ©compte du temps de travail doit ĂŞtre mis en place.

Droit à la déconnexion

En matière de droit Ă  la dĂ©connexion, la crise sanitaire a Ă©tĂ© l’occasion de faire un focus sur les risques psychosociaux que peut parfois gĂ©nĂ©rer le tĂ©lĂ©travail, notamment la surcharge de travail et le risque de l’hyperconnexion. Le quatrième plan santĂ© au travail (2021-2025) prĂ©voit d’accompagner le dĂ©ploiement du tĂ©lĂ©travail pour en faire un levier de la qualitĂ© de vie et des conditions de travail (actions d’information, de sensibilisation et de formation Ă  destination notamment des TPE-PME et des branches professionnelles).

Frais professionnels

L’accord national interprofessionnel du 26 novembre 2020 rĂ©affirme la règle de prise en charge des frais professionnels du tĂ©lĂ©travailleur par l’employeur. Le remboursement des dĂ©penses engagĂ©es par le salariĂ©, pour les besoins de son activitĂ© professionnelle, peut s’effectuer sur la base de frais rĂ©els sur prĂ©sentation de justificatifs ou sur la base d’un forfait. L’allocation forfaitaire Ă©ventuellement versĂ©e par l’employeur pour rembourser le salariĂ© est rĂ©putĂ©e utilisĂ©e conformĂ©ment Ă  son objet et est exonĂ©rĂ©e de cotisations sociales, dans la limite de seuil dĂ©terminĂ©e par la rĂ©glementation et revalorisĂ©s chaque annĂ©e en fonction de l’inflation avec un barème diffusĂ© par l’URSSAF Caisse nationale.

Obligation de sécurité

De manière gĂ©nĂ©rale, l’employeur reste tenu de son obligation de sĂ©curitĂ© Ă  l’Ă©gard du salariĂ© placĂ© en tĂ©lĂ©travail. Pour autant les mesures mises en place peuvent diffĂ©rer selon que les conditions de travail demeurent sous la maĂ®trise de l’employeur (salariĂ© en prĂ©sentiel) ou relèvent de la vie personnelle du salariĂ©. Ainsi, Ă  l’action directe de prĂ©vention peuvent ĂŞtre privilĂ©giĂ©es des actions d’information et de formation, d’assistance etc.  Il existe enfin une prĂ©somption d’accident du travail en cas d’accident survenant durant les plages horaires de tĂ©lĂ©travail qui sont dĂ©finies dans l’accord collectif ou la charte. La prise en charge d’un tel accident est alors identique Ă  celle d’un accident survenu dans les locaux de l’employeur. 

En conclusion, le Ministre souligne que le cadre juridique repose en grande partie sur le dialogue social, lequel a montrĂ© sa robustesse pendant la crise sanitaire et ses capacitĂ©s d’innovation. La lĂ©gislation actuelle permet ainsi, dans le cadre du dialogue social, de faire Ă©voluer ce mode d’organisation dans le respect des besoins des organisations, des caractĂ©ristiques des activitĂ©s menĂ©es et des attentes des salariĂ©s.

Ce nouveau mode de travail est encore aujourd’hui en construction et requiert la souplesse permise par l’accord collectif. Le propre de l’accord collectif est d’ĂŞtre un texte vivant, fruit d’un Ă©quilibre, Ă  questionner dans la durĂ©e et Ă  rĂ©ajuster au besoin. Pour l’ensemble de ces raisons, il n’est donc pas envisagĂ© de modifier la lĂ©gislation.