Projet de loi de ratification des ordonnances : que décide le Conseil Constitutionnel ?
Le Conseil Constitutionnel a Ă©tĂ© saisi le 21 fĂ©vrier par un groupe de dĂ©putĂ©s de « l’ensemble du projet de loi ratifiant diverses ordonnances prises sur le fondement de la loi n° 2017-1340 du 15 septembre 2017 d’habilitation Ă prendre les mesures pour le renforcement du dialogue social« .
Le Conseil Constitutionnel, qui disposait d’un mois pour se prononcer, vient de rendre sa dĂ©cision.
On retiendra essentiellement de cette longue décision (116 paragraphes) l’annulation de deux mesures prévues par la loi et une réserve d’interprétation.
Annulations
Sont ainsi annulées :
les dispositions dispensant l’employeur de l’obligation d’organiser des Ă©lections partielles lorsque l’absence de reprĂ©sentation d’un collège Ă©lectoral ou la vacance d’au moins la moitiĂ© des sièges au sein du comitĂ© social et Ă©conomique sont la consĂ©quence de l’annulation de l’Ă©lection de membres de ce comitĂ© prononcĂ©e par le juge en cas de mĂ©connaissance des règles tendant Ă une reprĂ©sentation Ă©quilibrĂ©e des femmes et des hommes (ces dispositions pouvant ainsi conduire Ă ce que le fonctionnement normal du comitĂ© social et Ă©conomique soit affectĂ© dans des conditions remettant en cause le principe de participation des travailleurs) ;
les dispositions relatives Ă la rĂ©munĂ©ration des preneurs de risque dans les Ă©tablissements de crĂ©dit et sociĂ©tĂ©s de financement et de gestion de portefeuille (qui autorisaient les sanctions financières en raison des agissements ou du comportement de la personne concernĂ©e en matière de prise de risque), en raison d’une procĂ©dure d’adoption irrĂ©gulière.
Réserve d’interprétation
Par ailleurs l’article L. 2262-14 du code du travail fixe Ă deux mois le dĂ©lai de recours en nullitĂ© contre les conventions ou accords collectifs et en dĂ©termine le point de dĂ©part. Pour les les organisations disposant d’une section syndicale dans l’entreprise, le dĂ©lai de recours contre un accord d’entreprise court Ă compter de sa notification. Dans tous les autres cas, le dĂ©lai ne commence Ă courir qu’Ă compter de la publication de l’accord collectif dans une base de donnĂ©es nationale. Toutefois, le deuxième alinĂ©a de l’article L. 2231-5-1 du code du travail prĂ©voit que les signataires de l’accord peuvent dĂ©cider qu’une partie de cet accord ne fera pas l’objet de cette publication. Le Conseil constitutionnel en conclut que, dans ce cas, le dĂ©lai de recours contre ces parties d’accord non publiĂ©es ne saurait, sans mĂ©connaĂ®tre le droit Ă un recours juridictionnel effectif, courir Ă l’encontre des autres personnes qu’Ă compter du moment oĂą elles en ont valablement eu connaissance.
La réforme du travail par ordonnances prend fin avec cette décision, la loi de ratification va désormais pouvoir être publiée au JO.
[Conseil Constitutionnel, Décision n°2918-761 DC du 21 mars 2018]