Contentieux

Rediffusion de l’article paru le 13 janvier 2021

Un développement de stratégies de contournement du barème

Depuis les ordonnances Macron et le plafonnement des indemnitĂ©s dues au titre de la rupture abusive du contrat de travail, se sont dĂ©ployĂ©es des stratĂ©gies « de contournement Â».

Il n’est pas rare – voire mĂŞme, il devient presque systĂ©matique – dans le cadre d’une action prud’homale en contestation de la rupture du contrat de travail, de voir le salariĂ© formuler diverses demandes « annexes Â», non couvertes par le barème d’indemnisation dit « Macron Â».

Au titre de ces demandes, figurent en bonne place :

  • celles relatives Ă  l’évocation d’une situation de harcèlement moral ou de souffrance au travail ;
  • celles relatives au paiement d’heures supplĂ©mentaires ;
  • celles relatives Ă  la mise en cause du forfait jours (nullitĂ© ou inopposabilitĂ©) en vue de solliciter l’octroi d’heures supplĂ©mentaires…

En procédant de la sorte, le salarié tente en réalité de s’affranchir des limites d’indemnisation fixées par le barème.

Dans un arrêt du 6 janvier 2021 (Cass. soc., 6 janvier 2021, n°17-28234), la Cour de cassation a retenu une solution qui mérite l’attention.

Limite de ces stratĂ©gies : l’exemple du forfait jours

Dans cette affaire, le salarié se prévalait de l’inopposabilité de la convention de forfait en jours à son égard, faisant valoir que l’employeur n’assurait pas l’effectivité des règles relatives à la protection de la sécurité et de la santé du travailleur. Le juge lui a donné raison.

En revanche, l’employeur faisait valoir que, si la convention de forfait n’était pas valable, il fallait en tirer toutes les consĂ©quences ; de sorte que le salariĂ© devait procĂ©der au remboursement des jours de repos octroyĂ©s « Ă  tort Â» au titre de la convention de forfait en jours invalidĂ©e.

La Cour de cassation donne raison à l’employeur, considérant que le salarié devait rembourser les jours de repos dont il avait bénéficié de façon indue, la convention de forfait en jours étant considérée comme inopposable aux parties dans tous ses effets.

Le salariĂ© devait rembourser les jours de repos dont il avait bĂ©nĂ©ficiĂ© de façon indue, la convention de forfait en jours Ă©tant considĂ©rĂ©e comme inopposable aux parties…

Par cette dĂ©cision, la Cour de cassation nous rappelle qu’agir en justice n’est pas un acte anodin ; et qu’il convient de mesurer toutes les consĂ©quences attachĂ©es Ă  chacune des demandes… au risque, sinon, de se trouver dans la situation de « l’arroseur arrosĂ© Â».

Agir en justice est un droit essentiel. Pour qu’il le reste, l’action en justice doit être exercée de façon sérieuse.

A cet Ă©gard, rappelons que l’article 32-1 du code de procĂ©dure civile ouvre la possibilitĂ© de demander au juge de sanctionner les procĂ©dures abusives : « celui qui agit en justice de manière dilatoire ou abusive peut ĂŞtre condamnĂ© Ă  une amende civile d’un maximum de 10 000 euros, sans prĂ©judice des dommages-intĂ©rĂŞts qui seraient rĂ©clamĂ©s Â».