Salaire

Communiqué de la Cour de cassation

Lorsqu’une entreprise est placĂ©e en redressement ou en liquidation judiciaire, l’association de garantie des salaires (AGS) verse aux employĂ©s les sommes prĂ©vues en garantie des salaires sur simple prĂ©sentation par le mandataire ou le liquidateur d’un relevĂ© des crĂ©ances des salariĂ©s de l’entreprise. 

Une entreprise connaît de graves difficultés économiques. Le tribunal de commerce a décidé de placer cette entreprise en redressement judiciaire. À l’ouverture de cette procédure collective, le tribunal a désigné un mandataire judiciaire.

Repères

Redressement judiciaire : ProcĂ©dure appliquĂ©e aux entreprises qui ne sont plus capables de rĂ©gler leur passif sur la base de leur actif disponible (« cessation de paiement Â»), mais dont les fonds restent suffisants pour poursuivre une activitĂ© Ă©conomique.

Mandataire judiciaire : Personne dĂ©signĂ©e par le tribunal de commerce Ă  l’ouverture de la procĂ©dure de redressement judiciaire et dont la mission est de dĂ©fendre l’intĂ©rĂŞt collectif des ceux Ă  l’égard de qui l’entreprise en difficultĂ© a toujours des obligations (« crĂ©anciers Â»).

L’entreprise a été cédée à un tiers et sa liquidation judiciaire prononcée.

Repères

Liquidation judiciaire : ProcĂ©dure appliquĂ©e aux entreprises qui sont non seulement en « cessation des paiements Â», mais dont les fonds sont insuffisants pour leur permettre de poursuivre une activitĂ© Ă©conomique.

Liquidateur judiciaire : Personne dĂ©signĂ©e par le tribunal de commerce dont la mission est de dĂ©fendre l’intĂ©rĂŞt collectif des crĂ©anciers de l’entreprise en difficultĂ©, en conduisant les opĂ©rations de liquidation.

Lorsque le juge convertit un redressement en liquidation judiciaire, le mandataire précédemment désigné devient en principe le liquidateur.

Le liquidateur judiciaire a demandĂ© Ă  l’AGS de lui verser les sommes nĂ©cessaires au paiement des salaires et des heures supplĂ©mentaires dus aux employĂ©s de l’entreprise, conformĂ©ment Ă  l’article L.3253-20 du code du travail.

Repères

Association de garantie des salaires (AGS) : Organisme garantissant aux salariĂ©s le paiement rapide de leurs crĂ©ances salariales, lorsque l’entreprise dans laquelle ils travaillent fait l’objet d’une procĂ©dure collective.

Le fonds de l’AGS est alimentĂ© par les cotisations des employeurs.                  

L’article L. 3253-20 du code du travail prĂ©voit que si les salaires des employĂ©s ne peuvent ĂŞtre payĂ©s sur les fonds de l’entreprise, le liquidateur de l’entreprise demande, sur prĂ©sentation des relevĂ©s des crĂ©ances des salariĂ©s de l’entreprise, l’avance des fonds Ă  l’AGS.

Avant de décider de verser la somme qui lui était demandée, l’AGS a réclamé du liquidateur qu’il lui démontre que les fonds dont disposait l’entreprise n’étaient pas suffisants pour que celle-ci rémunère par elle-même ses employés.

L’AGS a finalement refusĂ© de garantir les salaires de l’entreprise.  

La cour d’appel a condamné l’AGS à verser au liquidateur une somme au titre de la créance salariale. L’AGS a formé un pourvoi en cassation.

La question posĂ©e Ă  la Cour de cassation

L’AGS doit-elle verser les fonds qui lui sont demandĂ©s par les mandataires ou les liquidateurs judiciaires sur la seule prĂ©sentation du relevĂ© des crĂ©ances salariales des entreprises en difficultĂ© ?

Ou, au contraire…

Avant de dĂ©cider de verser les sommes qui lui sont demandĂ©es, l’AGS est-elle en droit de vĂ©rifier que les fonds dont disposent les entreprises en difficultĂ© sont rĂ©ellement insuffisants pour leur permettre de payer elles-mĂŞmes leurs salariĂ©s ?

La dĂ©cision de la Cour de cassation

La Cour de cassation retient que, pour les procédures de redressement et de liquidation judiciaires, aucun contrôle a priori n’est ouvert à l’AGS, contrairement à ce qui peut se passer en procédure de sauvegarde.

Repère

Sauvegarde :  ProcĂ©dure appliquĂ©e aux entreprises, qui sans ĂŞtre en Ă©tat de cessation des paiements, justifient de difficultĂ©s financières qu’elles ne sont pas en mesure de surmonter.  La sauvegarde a pour but de faciliter la rĂ©organisation de l’entreprise pour permettre la poursuite de l’activitĂ© Ă©conomique, le maintien de l’emploi et le règlement des dettes.

Dès lors, lorsqu’une entreprise se trouve en état de cessation des paiements, l’institution de garantie est tenue de verser les avances demandées sur la seule présentation d’un relevé des créances salariales établi par le mandataire judiciaire.

Une telle solution permet de répondre à l’objectif d’une prise en charge rapide des salaires dans ces procédures.

Cass. com., 7 juillet 2023, n°22-17.902, FS-B+R