Rupture

La faute lourde nourrit un contentieux riche depuis de nombreuses années. Si elle reste régulièrement invoquée comme motif de licenciement, sa validité est rarement retenue par les juges en cas de contentieux. Non définie par le code du travail, c’est vers la jurisprudence qu’il faut se tourner pour en cerner les contours. Illustration à travers 5 arrêts récents.

Définition

La faute lourde est caractĂ©risĂ©e par l’intention de nuire Ă  l’employeur. Elle ne se limite donc pas Ă  la seule commission d’un acte prĂ©judiciable Ă  l’entreprise ; elle suppose de dĂ©montrer la volontĂ© du salariĂ© de porter prĂ©judice Ă  l’entreprise lorsqu’il commet le fait fautif (Cass. soc., 24 mai 2018, n°16-24.297).

L’acte prĂ©judiciable Ă  l’entreprise ne suffit pas : illustration

Par exemple, un salariĂ© ayant bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un cumul de sa rĂ©munĂ©ration et de l’indemnitĂ© de congĂ©s payĂ©s (versĂ©e par la caisse des congĂ©s payĂ©s du Bâtiment) et ayant fait prendre en charge par la sociĂ©tĂ© des travaux personnels effectuĂ©s Ă  son domicile au moyen de fausses factures, son Ă©pouse Ă©tant complice de ces actes en raison de son intervention en qualitĂ© de comptable, n’a pas commis de faute lourde : la volontĂ© de nuire du salariĂ© n’est pas caractĂ©risĂ©e (Cass. soc., 4 juillet 2018, n°15-26.687)

L’intention de nuire : trois exemples

  • Accusations infondĂ©es de harcèlement moral : salariĂ© ayant sciemment organisĂ© une confĂ©rence de presse destinĂ©e Ă  « ternir l’image » de son employeur ; au cours de laquelle il avait portĂ© des accusations infondĂ©es de harcèlement moral et de faits de discrimination dĂ©naturĂ©s et volontairement sortis de leur contexte (Cass. soc., 5 juillet 2018, n°17-17.485)
  • Menace de mort : au cours d’une confrontation organisĂ©e par des gendarmes Ă  la suite d’une plainte de l’employeur pour des faits de dĂ©tournements de fonds commis dans le cadre de ses fonctions, le salariĂ© a eu un geste de menace d’Ă©gorgement Ă  l’Ă©gard de l’employeur et l’a ainsi directement menacĂ© de mort (Cass. soc., 4 juillet 2018, n°15-19.597)
  • Violences dĂ©libĂ©rĂ©es : salariĂ© ayant, au cours d’un entretien disciplinaire, volontairement et de manière prĂ©mĂ©ditĂ©e, agressĂ© le gĂ©rant de la sociĂ©tĂ©, lui occasionnant un traumatisme crânien avec une incapacitĂ© totale temporaire de travail de quinze jours (Cass. Soc. 28 mars 2018, n°16-26013).

Rappel : la faute lourde prive le salariĂ© des indemnitĂ©s de rupture et compensatrice de prĂ©avis, mais pas de l’indemnitĂ© compensatrice de congĂ©s payĂ©s.