Le télétravail s’est durablement installé dans les organisations depuis la crise sanitaire, mais ses modalités continuent d’évoluer. Afin de mieux comprendre les perceptions et les pratiques des entreprises et des cadres sur ce sujet, l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) publie ce 12 mars 2026 une étude intitulée « Regard des cadres et des employeurs sur le télétravail ».
L’analyse repose sur deux enquêtes conduites en décembre 2025 : une enquête en ligne auprès d’un échantillon représentatif de 2 000 cadres du secteur privé, constitué selon la méthode des quotas (sexe, âge, secteur d’activité, taille d’entreprise et région), et une enquête téléphonique auprès de 1 000 entreprises employant au moins un cadre, également représentatives selon la taille, le secteur d’activité et la localisation.
L’étude montre notamment que, malgré quelques reculs observés dans certaines entreprises en 2025, le télétravail reste largement installé dans les organisations et fortement associé aux attentes des cadres en matière d’organisation du travail.
En 2025, une entreprise sur dix a réduit le télétravail, mais la tendance devrait ralentir
En 2025, 9 % des entreprises déclarent avoir réduit le nombre de jours de télétravail autorisés pour leurs cadres ou avoir supprimé le dispositif. Ce mouvement de recul, largement médiatisé à travers quelques décisions de grands groupes, reste toutefois relativement limité dans l’ensemble du tissu économique. L’étude Capstan Perspectives menée auprès de plus de 800 DRH et dirigeants en juin 2025 montrait déjà que près de 80 % des entreprises n’envisagent aucun recul sur le télétravail.
Dans les faits, ce sont surtout les petites et moyennes entreprises qui ont restreint le télétravail : 10 % des PME et 8 % des TPE indiquent avoir diminué le nombre de jours possibles, contre 5 % seulement des ETI et des grandes entreprises.
À l’inverse, les évolutions à la hausse restent marginales : seules 2 % des entreprises ont augmenté le nombre de jours de télétravail autorisés.
La très grande majorité des organisations a en réalité maintenu le statu quo : 89 % des entreprises n’ont pas modifié leur politique de télétravail en 2025. Cette stabilité devrait même s’accentuer, puisque 94 % des entreprises déclarent ne pas envisager de changement de politique en 2026, qu’il s’agisse d’un élargissement ou d’une restriction du dispositif.
Ces résultats suggèrent que, malgré quelques ajustements observés ces dernières années, le télétravail semble désormais solidement installé dans les pratiques organisationnelles.
Des entreprises toujours convaincues des bénéfices du télétravail
Les entreprises qui permettent le télétravail restent globalement convaincues de ses effets positifs, notamment en matière de qualité de vie au travail et de productivité.
Ainsi, 45 % des entreprises estiment que le télétravail a un effet positif sur la productivité, tandis que 67 % jugent qu’il améliore la qualité de vie au travail. Ces convictions sont encore plus marquées dans les grandes entreprises, où 61 % des répondants évoquent un impact positif sur la productivité et 87 % sur la qualité de vie au travail.
Dans ce contexte, les employeurs sont également nombreux à anticiper des conséquences négatives en cas de réduction du télétravail, en particulier sur l’attractivité et l’engagement des cadres.
Parmi les entreprises proposant le télétravail :
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38 % estiment qu’une réduction du nombre de jours entraînerait des difficultés de recrutement,
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33 % anticipent une baisse de l’engagement des salariés,
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23 % redoutent des départs de collaborateurs.
Les réactions anticipées des cadres semblent confirmer ces inquiétudes. 74 % d’entre eux se déclareraient mécontents si leur entreprise réduisait le nombre de jours de télétravail autorisés, et 80 % s’y opposeraient en cas de suppression totale.
Dans cette dernière hypothèse, près d’un cadre télétravailleur sur deux indique qu’il envisagerait de changer d’entreprise, un niveau relativement stable depuis 2024.
Les cadres redoutent une évolution des règles du télétravail
Si les changements effectifs restent rares, les cadres sont nombreux à anticiper une évolution des modalités de télétravail dans leur entreprise.
Près d’un cadre sur deux (47 %) pense que les règles pourraient évoluer en 2026, même si seuls 13 % considèrent cette évolution comme certaine.
Ces transformations pourraient concerner les modalités d’organisation du télétravail, et notamment la flexibilité dont disposent aujourd’hui les cadres. Actuellement :
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61 % peuvent modifier leurs jours de télétravail d’une semaine à l’autre, en fonction de leurs missions et de leurs besoins ;
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47 % peuvent changer leurs jours de télétravail en cas d’imprévu sans validation managériale.
Cette autonomie dans l’organisation du travail apparaît comme un élément central de l’expérience du travail hybride et constitue désormais un avantage important aux yeux des cadres.
Pour autant, les intentions de changement restent limitées côté entreprises : seules 13 % d’entre elles envisagent de revoir les modalités du télétravail au cours des douze prochains mois.
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